Le passage est le changement brusque d’épaisseur de cordes, et par conséquent de tension.
Quand nous nous sommes efforcés, en montant, de garder la même épaisseur de cordes, la même dimension des cavités, la même épaisseur des parois, avec une tension musculaire de plus en plus grande, un moment arrive où nous ne pouvons plus soutenir l’effort, depuis longtemps d’ailleurs illégitime ; et subitement, ou presque subitement, nous diminuons l’épaisseur de cordes et de parois, nous détendons nos muscles, nous donnons moins de souffle et nous retrouvons la même note, mais à beaucoup moins de frais et plus facilement.

- Passage de la voix
Quand on examine la glotte au moment du passage, on voit les cordes tendues et grossies, épaissies et convexes d’abord, devenir subitement plus minces, s’allonger légèrement, c’est-à-dire - se détendre, en même temps que la fente glottique redevient rectiligne.
Dans la voix de poitrine, là où l’épaisseur des cordes reste légitime, la fente glottique est rectiligne.
C’est quand on force que les cordes bombent et deviennent convexes et prennent contact en certains points.
Dans le registre mince, les cordes sont assez minces ; elles aussi, vont ne plus bomber, la tension semble les étirer, le larynx se relâche. C’est cette minceur des cordes, produite par l’abstention de la majeure partie des fibres du muscle de la corde, qui a fait supposer que la muqueuse seule vibrait.
La voix humaine peut pousser ainsi, — très abusivement, — le gros registre de poitrine jusqu’à fa3, sol3, la3 , pour les basses, les ténors et les voix de femmes, aux organes plus minces, peuvent élever ce passage jusqu’à Fa3 à si3, do4.
Puis il se fait une cassure, une faille de la voix ; et c’est la forme supérieure du registre épais avec une sonorité dite de voix mixte, qui va, elle aussi, avoir un passage, une faille aux environs du fa3, où commence la voix de tête.
Mais ces limites sont artificielles ; elles ne répondent pas à des bornes naturelles ; elles répondent aux limites supérieures d’efforts absurdes.
Quand un chanteur passe en voix de tête, c’est qu’il ne peut plus prendre la voix de poitrine. Cette faille est une faillite. Il semble s’adresser à une voix étrangère pour obtenir la note que sa voix lui refuse.
Au lieu d’obtenir l’amincissement progressif et régulier de la voix, du grave à l’aigu, on réalise trois voix superposées, trois registres, qui donnent à la voix une apparence d’incoordination, d’ataxie, dans laquelle le chanteur passe subitement, de façon saccadée, d’une attitude vocale à une autre, au lieu de garder la variation souple et régulière de ces attitudes et le rythme et la plastique du geste vocal.
Comment développer la tessiture ?
Chaque note de la voix est le résultat d’un effort musculaire produit dans une attitude vocale propre à cette note. Il y a pour chaque son une attitude meilleure que toutes les autres.
Il est donc antiphysiologique d’habituer les élèves à donner toute la tessiture dans la même attitude.
Cet article est tiré de l’ouvrage du Docteur Pierre Bonnier Laryngologiste consultant de la comédie française et de l’Opéra comique : La voix professionnelle.
Cet ouvrage correspond aux cours dispensés au Théatre Réjane en 1907 et 1908.