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    La servante maîtresse
    La Guerre des Bouffons
    Le 17 septembre 2008


    Pour faire suite aux recherches que je suis en train de faire pour voir ce que l’on pourrait monter comme oeuvre l’année prochaine à l’Opéra de Barie, je vous livre ici un article historique, puisqu’il date de 1862 en préface d’une vieille "Servante maîtresse" ...

    La révolution musicale dont la Servante Mailresse fut à la fois la cause et le signal, en fait à jamais une œuvre de haute importance ; et la date de sa première représentation sera toujours un point unique dans l’histoire de l’art.

    L’aimable chef-d’oeuvre de Pergolèse est, en effet, le premier type d’opéra-comique introduit en France par les Italiens ; or on va voir comment nous avons profité de cette leçon de gaieté.

    Pour apprécier à sa juste valeur l’influence qu’a exercée sur notre génie musical l’exhibition de la Serva Padrona, il faut, avant tout, se faire une idée de l’état dans lequel se trouvait l’art vers le milieu du dix-huitième siècle. Le croirait-on ? à une époque si affolée de toutes les sensualités et où le plaisir tenait une place très-large dans la vie sociale, l’opéra bouffon était encore inconnu à Paris. Il existait bien aux foires Saint-Laurent et Saint-Germain plusieurs théâtres où se donnaient à profusion, et sous la rubrique d’opéras-comiques, de petites pièces grivoises entremêlées de couplets. Mais il ne faut pas s’y tromper, ces pasquinades plus ou moins échevelées usurpaient par avance un titre que ne pouvaient certes leur valoir les refrains populaires dont on les assaisonnait ; à peine pourrait-on comparer d’aussi grossières élucubrations à nos vaudevilles les plus élémentaires.

    D’un autre côté, on ne chantait guère à l’Opéra que sur le ton du lutrin. Hameau, qui passait alors pour avoir porté le dernier coup à la psalmodie de Lulli, procédait encore très-visiblement du vieux maitre quoiqu’il se soit montré plus indépendant et que ses travaux théoriques aient fait faire un grand pas à la science musicale.

    En tous cas il y avait un abîme entre l’auteur de Zoroastre et les maîtres italiens qui déjà savaient donner la tournure de leurs chants tant de vivacité, de grâce et d’esprit.

    Les choses en étaient là, quand une troupe de bouffons dirigée par le signor Bambini s’en vint jeter le trouble dans le paisible empire des sons. Ces chanteurs ambulants (si médiocres qu’ils étaient) avaient obtenu de donner à l’Opéra plusieurs représentations des intermèdes de Pergolèse. Ils débutèrent le 2 août 1752 par la Serva Padrona, que l’Italie applaudissait déjà depuis une vingtaine d’années.

    Ce fut comme un coup de foudre ;_et Laharpe le dit très-bien Il fallait une nouvelle musique pour qu’on en vint à examiner celle qu’on avait ou ce qu’on croyait avoir, et pour se demander enfin quelle était la raison de cet ennui qui régnait de plus en plus à l’Opéra, surtout pour ceux qui avaient passé l’âge d’y aller chercher autre chose qu’un spectacle.

    La musique des bouffons fit connaitre l’oreille un plaisir tout nouveau ; cette richesse, cette variété d’expression étaient bien le contraste des effets ordinaires de l’Opéra.

    Deux partis se formèrent aussitôt ; l’un qui tenait pour la musique italienne, l’autre qui avait entrepris de défendre la vieille psalmodie française.

    Jean-Jacques Rousseau, Grimm, tous les beaux esprits du temps, entrèrent dans la mêlée et les grands coups qu’ils frappèrent, l’un avec sa Lettre sur la musique française, l’autre avec son Petit prophète de boemichbroda ne firent qu’envenimer l’animosité des deux factions.

    Paris était dans un grand émoi, la lièvre de la discussion faisait tourner toutes les têtes. Les affaires de la politique même ne passionnaient plus personne, tant on dépensait d’ardeur dans cette bataille qu’on se livrait tous les matins à coups de brochures et tous les soirs- à coups d’épée sous les réverbères de la rue Saint-Honoré. (Le lecteur n’ignore pas en effet, que l’Opéra était alors attenant aux bâtiments du Palais-Royal et s’élevait sur ce qui fait aujourd’hui la partie méridionale de la rue de Valois).

    Le roi Louis XV, qui était du parti de la musique française, finit par beaucoup s’émouvoir de toute cette échauffourée. Il chercha longtemps un prétexte pour renvoyer les bouffons ; or comme il n’en trouva point, il leur ordonna purement et simplement de cesser leurs exercices.

    Voilà donc les italiens partis. Mais ils laissaient derrière eux comme une trace lumineuse que rien ne pouvait effacer. Nous leur devions la révélation de l’opéra-bouffe ; c’est-à-dire tout un art nouveau dont les beautés avaient pris pour la foule un relief singulier dans la dispute même dont elles avaient été l’objet. En effet, l’impression que produisirent la Serva Padrona, il Maestro di musica, la Finta cameriera et les sept ou huit opérettes qui composaient le répertoire du signor Bambini, cette impression, dis-je, ne fut pas seulement vive, elle fut durable.

    Les défenseurs du système français eurent beau crier et se démener, ils ne réussirent pas à résister au courant des idées nouvelles. Tous les jours ils perdaient du terrain, non pas de par les raisons articulées dans les écrits de leurs adversaires, mais bien en vertu de l’excellence même de la musique italienne.

    La Guerre des Bouffons ne fut donc pas une joute d’ergoteurs armés d’épigrammes plus ou moins aiguisées ; elle eut toute l’importance d’une véritable révolution, car elle fut la crise féconde dois sortit un progrès en dépit d’une routine.

    Ici intervient dans le drame un nouveau personnage dont on va bientôt juger l’importance. Il s’appelait Monet, et avait obtenu du roi le privilège des théâtres de la foire Saint-Laurent et de la foire Saint-Germain.

    Monet a laissé des mémoires ; et nous n’avons, ce nous semble, rien de mieux à faire que d’en détacher la curieuse page qu’on va lire et où se trouve tout au long le véritable acte de naissance de l’opéra-comique.

    « Après le départ des bouffons, sur ]e jugement impartial que des gens de goût avaient porté de leurs pièces, je conçus le projet d’en faire faire d’après le même patron par un musicien de notre nation. M. Dauvergne me parut le musicien le plus capable d’ouvrir avec succès cette carrière. Je lui en fis faire la proposition et il l’accepta. Je l’associai à M. Vadé et je leur indiquai simplement un sujet de La Fontaine. Le plan et la pièce des Troqueurs furent faits dans l’espace de quinze jours.

    Il fallait prévenir la cabale des bouffons. Les fanatiques de la musique italienne, toujours persuadés que les Français n’avaient pas de musique, n’auraient pas manqué de faire échouer mon projet. Donc de concert avec les deux auteurs, nous gardâmes le plus profond secret. Ensuite pour donner le change aux ennemis que je me préparais, je répandis et fis répandre que j’avais envoyé une pièce à Vienne, à un musicien italien qui savait le français et qui avait la plus grande envie d’essayer ses talents sur cette langue.

    Cette fausse nouvelle s’accrédita parmi les bouffonistes qui vinrent me complimenter sur l’acquisition que j’avais faite de ce bon auteur et me confirmèrent encore la grande supériorité de la musique italienne sur la nôtre. Aussi charmé de leur bonne foi que de l’heureuse tromperie que je venais de leur faire, je leur présentai M. Dauvergne comme le véritable Orphée de Vienne. »

    Les Troqueurs, de Vadé et de Dauvergne (premier opéra-comique français digne de ce nom), furent donnés à la foire Saint-Laurent, le 30 juillet 1753.
    En ce temps-là, vivait à Paris, pauvre et ignoré, un répétiteur du collège Louis-le-Grand, qui avait nom Pierre Baurans. Ce n’est pas que Baurans eût précisément abandonné sa place de substitut, au parlement de Toulouse pour venir dans la capitale enseigner le grec et le latin, mais la misère l’avait réduit à cette extrémité, et il patientait dans l’exercice de sa modeste profession, en attendant qu’il pût montrer ses talents de poète et de musicien.

    L’occasion tant cherchée était difficile à saisir ; pourtant Baurans s’était lié d’amitié avec Laruette et Mme Favart, alors toute-puissante à la Comédie-Italienne de la rue Mauconseil. D’autre part, il fréquentait Rousseau et les principaux chefs du parti bée foniste dont le rendez-vous ordinaire était au ce Procope. Ces circonstances réunies firent bientôt naître dans son esprit une idée alors si neuve qu’elle était tout à fait téméraire ; il imagina d’accommoder la Serva padrona à la scène française.

    Après deux mois d’un travail opiniâtre, la traduction du chef-d’oeuvre de Pergolèse se trouva prête à être représentée. Mais le pauvre poète était si timide, oi plutôt si modeste, que sans Mme Favart, qui lui força la main, il ne se serait peut-être jamais décidé à produire ses rimes devant le public.

    La Serva padrona, devenue la Servante maîtresse,fut donnée avec le plus grand succès, à la Comédie-Italienne, le 14 août 1754. Voici l’éloge qu’en firent Diderot et Grimm dans leur correspondance littéraire : Un nommé M. Baurans, — disent-ils, vient d’exécuter un projet dont le succès n’a pas été et ne peut être contesté ; il a entrepris une traduction presque littérale de la Serva padrona, en conservant la musique du sublime Pergolèse. On peut sentir l’extrême difficulté d’une pareille entreprise. Cet intermède est joué à la Comédie-Italienne, et tout Paris y court avec une espèce d’enthousiasme. Il est précédé d’un prologue en forme de pièce, de l’illustre M. de Chevrier. Celui-ci est intitulé la Campagne, et fourmille d’épigrammes à la façon légère et agréable de cet auteur. »

    Encouragé par la vogue qui s’attacha à la Servante maîtresse, Baurans traduisit et fit jouer quelque temps après : il Maestro di musica, du même maître. Mais bientôt il fut atteint de paralysie, et s’en alla mourir à Toulouse où il était né.

    — Le 12 août 1862, sous la direction de M. Perrin, la Servante maîtresse a été représentée et bien accueillie au théâtre de l’Opéra-Comique. Gourdin, Berthe-lier et Mme Galli-Marié, ont concouru au succès de cette curieuse exhibition en montrant, chacun dans son genre, un talent renforcé par beaucoup de zèle.

    La partition a été revue par M. Gevaert, qui a cru devoir y ajouter, en guise d’ouverture, un fragment de sonate de Scarlatti. M Gevaert a aussi, d’une main discrète autant que sûre, transporté au quatuor les accompagnements de clavecin destinés à soutenir le récitatif.

    — En résumé, on voit que c’est la Serva padrona qui a engendré les Troqueurs, ou, autrement que l’opéra-comique, — par la voie du pastiche, — est né chez nous de l’opéra-bouffe italien. De là l’intérêt qui s’attache à la reprise de la Servante maîtresse, cette aïeule vénérée de toute une lignée de chefs-d’oeuvre dont le dernier venu a si glorieusement nom Lalla-Rouck.

    ALBERT DE LASALLE.

    16 août 1862.


    Article publié par : Jean-Marc
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