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    La dernière interview de Massenet
    Un bout d’Histoire
    Le 18 mai 2005



    J’inaugure ici un nouveau type d’article "Historiques" dans lesquels je vais essayer de redonner vie à quelques vieux documents oubliés.

    J’ai trouvé les deux articles que je vous soumets dans une vieille revue Musica de septembre 1912, numéro spécial consacré à Massenet suite à son décès datant du 13 Aout de la même année.

    Voici donc ces deux textes ainsi que quelques photos en espérant qu’il sauront, comme pour moi attirer votre attention...

    Massenet composant

    La dernière interview de Massenet

    Dans son salon, le maître de Manon et de Werter est assis, dos à la fenêtre. Derrière lui, les arbres du plus beau
    jardin : le Luxembourg. Son visage est fin et net, ses yeux brillent d’enthousiasme au mot « musique », au mot « amour » . Massenet assis sur un banc

    La musique de Massenet, c’est la musique de l’amour français. Elle est tendre et ne rougit pas d’être sentimentale, ni gracieuse. « Oui, me dit le maître, l’amour diffère selon les nations, selon les pays. La couleur du ciel influe sur lui. La nourriture aussi. L’amour au nord et au sud, ce n’est pas la même chose ».

    « Au contraire de l’amour français, l’amour allemand est celui des interminables fiançailles. Le jeune homme soupire pendant douze ans. Il en résulte une longue nervosité, une inquiétude spéciale qui me paraît caractériser la musique d’amour allemande, comme elle caractérise Schumann. Lorsque j’ai écrit Werther, j’ai dû tenir compte de cet état d’âme particulier et j’ai fait une musique qui s’en inspire.

    L’Italien ? Il n’y a qu’une façon d’être Italien, d’aimer en Italien et de chanter son amour en Italien. Les musiciens de là-bas le savent bien et ils sont Italiens,
    sauf quand ils veulent être Allemands. Italiens ou Allemands, voilà pour eux le dilemme. Quand ils se décident pour le second cas, ils deviennent insupportables. Heureusement, chez ceux qui font ce choix, le naturel italien revient au galop. Les Espagnols aussi sont bien de leur pays.

    La musique des Anglais et des Américains est toujours très propre, très bien faite. Leurs compositeurs sont docteurs en musique, ils appartiennent à telle ou telle Université, ils sont un peu protestants et, lorsqu’ils veulent chanter l’amour, on s’en aperçoit. Leur grand « patron » est Mendelssohn, qui est chaste et tendre. Eux aussi restent toujours chastes et tendres. Mais ne croyez pas que je veuille discuter leurs mérites...

    Et le maître me répète combien la musique américaine est bien faite, et il fait un éloge enthousiaste de Mendelssohn. Sa main suit la mesure tandis qu’il « fredonne » des phrases de Mendelssohn et qu’il les compare à d’autres phrases de Wagner. « Pourquoi dédaigner chez l’un ce que l’on admire chez l’autre ? » dit Massenet.
    Mais l’amour français et la musique française, maître ?

    Pour les Français, il est plus difficile de répondre.
    Les étrangers sont souvent tout d’une pièce. Le Russe est ceci, l’Italien cela, Le Français, au contraire, est divers, et c’est là sa principale caractéristique. Une femme qui est aimée par trois Français peut dire qu’elle est aimée de trois façons différentes. Quelques Français même pensent en Allemands. Chez Meyerbeer, on voit un amour qui doit aller jusqu’à la quatrième galerie. Un amour assez sonore pour qu’il puisse émouvoir les coeurs jusqu’au haut de l’amphithéâtre.

    Chez Gounod, l’amour est tout intime. Gounod suppose toujours un quatrième mur à la pièce où ses amoureux se confient leurs secrets... « Laisse moi, laisse-moi contempler ton visage... » Les deux amoureux s’arrêteraient, on le sent très bien, s’ils se savaient écoutés. « Un des principaux caractères de l’amour français, c’est qu’il ne s’arrête pas à l’union. Il persiste, il chante encore. Il n’a pas été exaspéré ni épuisé par les longues fiançailles allemandes.

    Le Français sait avoir la tendre reconnaissance de l’amour.

    Fernand DIVOIRE


    La mélodie chez Massenet

    Il y a musique et musique, comme il y a fagot et fagot. Certaines oeuvres lyriques valent par l’élément vocal, d’autres par l’élément instrumental. Dans les unes,
    et l’on me permettra de ne faire aucune citation, car la musique, qui devrait adoucir les moeurs,les met au contraire à fleur de peau, et je trouve inutile de me poser en juge de confrères pour qui je puis avoir beaucoup d’amitié, en dehors de l’étonnement que me procurent leurs oeuvres.

    La virtuosité vocale s’installe en maîtresse à l’avant scène dès que le rideau se lève, et sans pour cela rappeler le moins du monde les vieux et chers opéras romantiques où nos pères se pâmaient, les montées du ténor sur des la et des si, les descentes angoissantes dans les caves des poitrines chevrotantes, se succèdent, s’enchevêtrent pour la plus grande joie du fort ténor et de la basse chantante. Il importe peu alors que l’invention musicale proprement dite soit absente, que l’art des accompagnements ou même la simple probité d’écriture soit inexistante : il y a du chant et par conséquent des applaudissements.

    Dans les autres, au contraire, tout se résume en minuties orchestrales, sonores, harmoniques, contrapunctiques
    ou thématiques, des motifs harmonieusement agencés et choisis de main de maître se présentent sous toutes leurs formes, s’allongent, se rapetissent comme les jeux de cartes des prestidigitateurs.

    Les instruments se tiennent dans leurs registres les plus baroques, se recherchent non dans les affinités, mais
    dans les discordances, le basson double le violon qui n’en peut mais, la contrebasse, la petite
    flûte qui gémit. Des combinaisons sonores s’exaltent soudain, des piaulements se font entendre,
    les sourdines apparaissent en dernière heure un gémissement, une note tinte, et c’est la nuit.

    Massenet a su toujours se tenir entre ces deux extrêmes dans le juste milieu cher à Aristote.
    Il connut cette vertu, et c’en est une, magister digit, d’être à égale distance des opinions contraires.

    Il a aimé le chant, le beau chant, le chant bien arrondi, bien étoffé, moelleux, substantiel qui s’étale et se pose
    le chant qui sait mettre les voix en valeur, qui sait que telle note est bonne dans telle position et mauvaise dans telle autre, que tel mouvement orchestral, qui semblera de prime abord étouffer l’organe, le rendra au contraire plus vibrant, plus généreux. Et cependant, malgré le respect qu’il a toujours témoigné au chant, il a su se ménager des sorties agréables, des passages réservés, des servitudes utiles dans les propriétés des harmonistes, des casseurs de rythmes, des rêveurs silencieux et nocturnes
    .

    Oui Massenet su et cela tient du prodige etre en coqueterie avec les plus ardents novateurs sans rien perdre de son traditionalisme de bon aloi. Cela constitue au fond le secret de la mélodie de Massenet.

    M. Renaldo Hahn la définit ainsi "Dès qu’il pris la plume Massenet disloqua le contour mélodique des chants
    amoureux et trouva la formule musicale de l’amour français moderne. Il a composé et fixé l’hiéroglyphe sonore qui résume la sensualité parisienne
    ".

    Et M. Schneider en parle de cette façon :

    " La qualité de la mélodie de Massenet est extrêmement particulière : il a le secret des phrases passionnées, exaltées ou attendries qui serpentent, se prolongent, s’amplifientpour se perdre, en murmures caressants, dans le riche tissu harmonique qui les soutenait.

    Cette mélodie lyrique et caressante, avant tout, sait se lier à toutes les nuances de l’expression dramatique ; mais nulle part elle n’est plus à son aise que lorsqu’elle accompagne l’effusion de ces âmes amoureuses que le maître retrace avec une particulière dilection : Manon, Esclarmonde, Charlotte,Thaïs ou l’ingénu Des Grieux, le non moins ingénu jongleur qui dansa devant la statue de la Vierge, furent par elle fixés à jamais dans la substance même de leur caractère".

    Pour moi, la mélodie de Massenet m’a toujours plongé dans un véritable ravissement, à la longue, en l’écoutant,
    surtout en l’approfondissant, en méditant longuement, pour essayer de découvrir son secret, je crois avoir réussi
    à pénétrer dans son organisme intime.

    Cette incursion, dont je donne ci-dessous les résultats, semblera peut-être au lecteur un peu factice, elle me fut, à moi, l’occasion d’une grande joie, d’un grand bonheur intellectuel, augmenté par des confidences que me fit l’auteur de Manon et qui confirmèrent mon jugement.

    La forme mélodique chez Massenet se présente se présentait, plutôt, puisque, hélas ! le maître est mort sous une forme quasi nébuleuse, comme un bloc lumineux qui lui paraissait à lui tout à fait extraordinaire, mais rebelle à l’analyse. Ce bloc se condensait, s’étirait, en quelque sorte, en une ligne épaisse,large, mouvante, affectant des formes imprévues, se disloquant en arabesques fuligineuses.

    Petit à petit cette ligne s’amincissait, n’était plus qu’un trait de lumière net et fluide, délimitant un dessin irréel mais précis, en lequel le maître inscrivait musicalement sa pensée mélodique.

    Donc, dans ce cadre semblable un peu à la chambre claire de Baudelaire, apparaisait la forme de la mélodie.
    Cette forme avait tous les caractères possibles, depuis l’unité de la chanson populaire jusqu’aux mouvements réunis et contraires des lieder modernes.
    Sur cette forme un rythme se plaçait, rythme ternaire ou carré, rythme rigide ou alançui, un rythme qui créait l’harmonie du mouvement. Pardessus il plaçait la couleur,
    ce principe inconnu à tant de ,gens qui sourient en lisant le sonnet Voyelles d’Arthur Rimbaud, ne sachant pas que la plupart des musiciens traduisent immédiatement en notations colorées tel son, telle harmonie, tel mouvement mélodique, et de même que sont : blancheur tel prélude de jean-Sébastien Bach, noir tel adagio de Beethoven, etc.

    Et par-dessus enfin, pour clôturer la création, il plaçait la grâce, la grâce candide, chaste ou passionnée qui
    est en dernière analyse la caractéristique de Massenet.

    Il y plaçait moins souvent la force dont il joua rarement.

    Très fréquemment la flexibilité, la souplesse, cette charmante manière d’être « qui se joue des combinaisons infinies des lignes sans cesse s’entrecroisant ».

    Comme dernier condiment, - pointe de kaki au palais ou de kohl au regard, - il disposait des temps d’arrêt,
    des moments de repos qui servaient de tremplin à la mélodie rejaillissante, en faisant valoir davantage la parfaite eurythmie.

    Massenet donnant des indications dans Cigale

    Ainsi, il obtenait la vie individuelle de sa phrase mélodique : elle devenait une chose bien à part,
    une manifestation toute personnelle d’un art tout à lui.

    Il baptisait suivant ses rites, par l’eau lustrale de son génie et le sel de son talent, l’enfant sorti de son cerveau, il lui imposait les mains, ses belles mains de pianiste blanches et effilées, il le promenait sans doute dans les allées de son parc d’Egreville, en une procession triomphante. Il le menait sous la vieille maison pour l’imprégner de passé, dans sa serre pour qu’il aspire la force généreuse des raisins, ou bien il l’exposait à la fenêtre de son bureau de la rue de Vaugirard : tout le Luxembourg du matin naissant le recouvrait de fraîcheur, et Massenet promenait son regard alangui de rêveur sur Paris qu’il avait conquis.

    Je viens de montrer comment naissait chez Massenet la mélodie, cette mélodie si spéciale et si spécieuse qui est la plus grande marque de son talent.

    J’en ai montré les parties constituantes, j’en ai limité les contours, j’en ai précisé les attitudes.

    Il me faudrait maintenant prendre une mélodie du maître connue de tout le monde, et du scalpel et du bistouri la disséquer pour les lecteurs de Musica, en un mot faire de la synthèse après avoir fait de l’analyse.

    Ce serait une besogne charmante et, si la place ne m’était assez parcimonieusement mesurée, je m’y emploierais certainement. Cependant je veux laisser la joie à tous ceux — la légion, française et étrangère - qui aiment Massenet, de se livrer à ce petit sport. Qu’ils s’emparent d’un « J’aurais sur ma poitrine », par exemple, ou d’une « Vision fugitive », qu’ils en écartent les éléments les uns après les autres, et ils admireront comme moi les organes merveilleux de la phrase mélodique du maître.
    Je veux, quant à moi, parler encore d’un point important et utile à examiner, celui de l’utilisation par Massenet de l’orchestre et des voix pour faire valoir sa mélodie. Car la mélodie de Massenet, qui est essentiellement vocale, dans son essence, et semble bâtie pour les ressources du gosier masculin ou féminin, possède encore cette vertu d’être admirablement sertie dans l’orchestre qui trouve à son contact des grâces surprenantes.

    J’ai dit sertie et le mot est inexact : car, bien que l’auteur de Manon n’alourdisse jamais son orchestre en lui confiant de lourdes surcharges sonores ou d’accablants accompagnements, il lui ménage cependant, en dehors de merveilleux dessous qui soulignent la phrase connue les bourdons de 16 pieds d’un orgue, la joie de présenter les lignes droites, brisées ou courbes de mélodies complètes ou fragmentées.

    Une causerie a Egreville

    Il a laissé à tels musiciens modernes, qu’il serait trop facile de citer, la tâche des raffinements orchestraux considérés en eux-mêmes, de la beauté sonore s’admirant dans ses propres ressources, de la note exposée sur le tréteau d’un cor, ou accrochée au mur d’un violoncelle.

    Massenet s’est contenté de rêver à la mélodie, de rêver à créer des mélodies, il en a créé, pour sa joie, et pour la nôtre.

    GABRIEL DUPONT.


    Article publié par : Jean-Marc
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