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    La Fanciulla del west
    Article proposé par Fabien Raynaut
    Le 25 janvier 2008


    Giacomo Puccini est sans aucun doute l’un des grands compositeurs de la charnière des XIXe et XXe siècles, et ses opéras sont régulièrement produits un peu partout dans le monde. Qui ne connaît pas La Bohème, Tosca ou Turandot ?
    Pourtant, certaines de ses oeuvres sont assez peu représentées.

    Parmi celles-ci, on peut citer "La Fanciulla del West" (La fille du Far West). Il ne s’agit pas d’une oeuvre de jeunesse, bien au contraire, puisque lorsqu’elle est créée le 10 décembre 1910 au Metropolitan Opera de New York, l’auteur a déjà derrière lui 3 de ses opéras majeurs (La Bohème, Tosca et Butterfly).

    LA GENESE DE L’OEUVRE

    Lorsque Puccini se rendit en Amérique en 1907 pour assister aux répétitions et aux premières de ses opéras au Metropolitan, il était à la recherche d’un sujet nouveau pour sa prochaine oeuvre. Il eut alors l’occasion de parcourir plusieurs pièces de théâtre, dont "The Girl of the Golden West" de David Belasco. Belasco, auteur dramatique et scénariste de cinéma était également l’auteur de la pièce "Madame Butterfly" dont Puccini, enthousiasmé, avait déjà acquis les droits en 1901 après d’âpres tractations.

    A l’époque de son séjour à New York, l’un de ses librettistes habituels, Giuseppe Giacosa, était décédé. Puccini avait des rapports assez tendus avec le second, Luigi Illica. Cela le poussa à se tourner vers un nouveau collaborateur : Carlo Zangarini. Celui-ci n’écrit finalement que deux actes et Puccini dut à nouveau trouver de l’aide auprès d’une autre personne. Guelfo Civinini reprit donc entièrement le travail de son prédécesseur et acheva le livret, écrivant le 3eme acte en étroite collaboration avec le compositeur.

    Puccini termina la composition en juillet 1910 et traversa l’Atlantique pour assister à la première à New York, qui reçu un véritable triomphe.

    On peut penser tout avait été étudié pour obtenir un succès. Tout d’abord, il faut préciser cet opéra était une commande du Metropolitan. C’était la première fois que les américains montaient une première mondiale d’une telle importance et comptaient créer à cette occasion un événement retentissant.

    Impossible de savoir si Puccini avait reçu des directives mais pouvait-on trouver une création plus adaptée ? Un opéra spécialement écrit pour les Etats Unis, basé sur la pièce de théâtre d’un auteur américain et qui plus est, dotée d’un sujet spécifiquement américain : la Ruée vers l’Or de 1848 ! On peut supposer qu’après l’accueil houleux de Butterfly à la Scala (1904) Puccini souhaitait mettre toutes les chances de son côté pour démonter ce qu’il supposait être une cabale montée contre lui.

    Le but du Met était très certainement d’asseoir sa concurrence auprès des autres places européennes renommées. Les moyens très importants mis en oeuvre avaient déjà opéré une part non négligeable du travail, permettant de louer les services de -excusez du peu- Toscanini et Caruso. Nul doute, par ailleurs, qu’un pont d’or fut fait au compositeur pour s’assurer de son concours. Puccini décrit dans une de ses lettres la fastueuse "Suite Impériale" lui ayant été réservée, concluant sa lettre par un "Praise be to the Metropolitan" (loué soit le Metropolitan). Il exigea également une voiture du dernier modèle pour ses déplacements sur place ... et le montant de son cachet fut probablement à la hauteur de ces alléchants avantages en nature.

    LES INTERPRETES

    La création eu donc lieu sous la baguette de Toscanini, avec Caruso dans le rôle de Dick Johnson. Le rôle de Minnie était tenu par Emmy Destinn, l’une des grandes sopranos dramatiques de son temps, d’origine tchèque. A noter qu’elle avait déjà chanté avec Caruso, deux ans avant, lors de la première à Londres de Butterfly.

    Le rôle de Minnie est particulièrement exigeant et Brigit Nilsonn, qui fut également une grande soprano dramatique, le tient pour plus difficile encore que celui de Turandot : "Si Turandot évolue effectivement dans un registre très élevé, du moins reste-t-elle constamment dans l’aigu. Minnie, elle, chante souvent dans un registre grave des plus inconfortables et doit brusquement monter dans l’aigu. A force de monter et descendre, la voix a vite fait de s’épuiser."

    Rien d’étonnant alors, que beaucoup d’interprètes aient évité ce rôle, ou que celles qui s’y sont succédées n’aient pas toujours donné de grandes performances. Léontine Price (1961) jeta l’éponge après quelques représentations au Met. Callas ne chanta jamais le rôle : il est vrai que malgré ses succès dans "Tosca", elle déclarait haut et fort ne pas aimer la musique de Puccini, sa préférence allant au Bel Canto plus classique. Renata Tebaldi, enfin, n’aborda le rôle qu’à la fin de sa carrière en 69-70, toujours au Met.

    Deux chanteuses américaines, Eleanor Steber et Dorothy Kirsten, connurent un succès durable dans ce rôle. Carol Neblett, encore une américaine, tint le rôle dans les années 70 aux côtés de Placido Domingo, qui voyait en elle la Minnie idéale. Ce duo vit la renaissance de cette oeuvre, longtemps laissée de côté.

    Il ne nous reste malheureusement aucun document sonore permettant de juger la performance d’Emmy Destinn sur ce rôle délicat. Elle ne laisse derrière elle aucun enregistrement concernant "La Fanciulla del West". Néanmoins, des enregistrements d’autres oeuvres permettent de se rendre compte qu’elle fut une artiste d’exception.

    UN SUCCES MITIGE

    La première fut accueillie par un triomphe auprès du public. La critique, plus réservée, loua l’interprétation, mais l’oeuvre elle-même souleva quelques aigres commentaires.

    Les New-yorkais avaient commissionné Puccini dans un objectif spécifique et attendaient beaucoup de sa production : une première mondiale qui eut des retentissements en Europe. L’exotisme de Butterfly avait certainement participé à son grand succès. Puccini habilla donc cette nouvelle ambiance d’un généreux mélange de styles musicaux. Indiens, cow-boys, ragtime, grands espaces s’entremêlaient dans sa palette musicale. Il était fasciné par l’épopée du Far West et celle-ci était pour lui éminemment dépaysante. Malheureusement, la critique américaine vit les choses d’un autre oeil et lui reprocha des confusions culturelles grossières.

    Le compositeur aurait certainement du faire des recherches plus approfondies. L’emprunt d’une mélodie indienne pour le thème du musicien Jake Wallace -personnage historique ayant réellement existé- fut érigé en exemple. Un impresario aurait pourtant averti Puccini : "Lorsqu’apparaît un ménestrel noir dans La Fanciulla, on voit un homme de couleur jouer au banjo une étrange mélodie indienne au lieu d’un morceau de Ragtime. Cela sonne faux et n’est pas américain. Vous auriez du lui faire jouer ’Suwanee Ribber’ ou ’Dixie’ pour que cela sonne vrai."

    Puccini tenta de se défendre dans les journaux, mais ses arguments peu probants laissent supposer qu’il fut assez dérouté par cette rébellion "indigène".

    UNE OEUVRE NEGLIGEE ?

    Comme on l’a dit, la Fanciulla est assez peu représentée, du moins en Europe. Nous avons, depuis, tellement été abreuvés de westerns que le contexte -original à l’époque- se teinte aujourd’hui d’un certain kitsch. Ce contexte, plutôt daté, explique probablement que cette oeuvre soit surtout reprise aux Etats-Unis. Par ailleurs, l’étude des caractères est assez mince : on est loin par exemple de la profondeur psychologique de Tosca. Enfin, les difficultés d’exécutions du rôle titre sont un autre obstacle qui peuvent expliquer son peu de succès.

    La Fanciulla n’en reste pas moins une étonnante prouesse technique orchestrale de par sa capacité à rendre les atmosphères d’une façon magistrale. On y trouve aussi des inspirations étonnamment modernes : la mélodie qui accompagne le moment où Minnie reconnaît Dick Johnson -juste après son air "Laggiù nel Soledad"- a des accents littéralement Gershwiniens. L’opéra comporte en outre des airs superbes :

    - "Minnie, dalla mia casa", Jack Rance (acte I)
    - "Laggiù nel Soledad", Minnie, (acte I)
    - "Or son sei mesi", Dick Johnson (acte II)
    - "Oh, se sapeste", Minnie (acte II)
    - "Basta uomo d’inferno !", Minnie, Jack Rance (acte III)
    - "Ch’ella mì creda libero", Dick Johnson (acte III)

    Une oeuvre à (re ?)découvrir, donc !

    REFERENCES

    Cet article s’appuie largement sur la Conférence du Pr Roger Parker (Gresham College)
    "Puccini and New York" 11/06/2007
    http://www.gresham.ac.uk/event.asp?PageId=4&EventId=570

    A écouter :

    Emmy Destin : Complete Victor Recordings (1914-21) Label : Romophone

    La Fanciulla del West : Carol Neblett, Plàcido Domingo, Sherrill Milnes, Royal Opera House Chorus and Orchestra Covent Garden
    Dir. Zubin Mehta, Coll. The Originals, Deutsche Grammophon

    A lire :

    "Puccini and The Girl : History and Reception of The Girl of the Golden West"
    Annie J. Randall and Rosalind Gray Davis
    University Of Chicago Press (mars 2007)

    Contacter l’auteur : fabien.raynaut@free.fr


    Article publié par : Jean-Marc
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    2 Messages
    • La Fanciulla del west

      27 janvier 2008 11:08 , par Michel

      Superbe article Fabien, très instructif et très bien écrit. Binvenue et bonne continuation sur ce site.

      repondre message

      • La Fanciulla del west 10 octobre 2008 11:58 , par conférencière et conteuse

        heureuse de cet article éclairé

        nous sommes aussi passionnés de la musique de Puccini toujours aussi actuelle

        nous organisons d’ailleurs une semaine 21/29/11/2008 Puccini à Aubagne bdrhône
        (concert-conférences-expo,etc)

        repondre message

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