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    Journal des demoiselles 1868
    Offenbach par Marie LASSAVEUR
    Le 18 juillet 2010


    Article publié dans la Revue Musicale en 1868

    OFFENBACH

    Dans la pléiade des musiciens modernes, dont la vie se compose trop souvent de luttes, de travail, de sacrifices & de découragements, suivis de succès & de gloire, le plus heureux est à coup sûr Offenbach.

    Un profond observateur a dit que le bonheur étouffe l’individualité. Cela est vrai la plupart du temps ; mais en ce qui concerne l’ex-directeur des Bouffes-Parisiens, il faut bien reconnaître que l’axiome est absolument inexact. En effet, il y a, dans le caractère et dans le talent d’Offenbach, un cachet, une désinvolture, une accentuation qui lui sont propres ; en un mot, c’est une individualité.

    Faut-il accorder du génie à ce compositeur ? Non.

    Sa fantaisie l’a jeté dans le torrent des choses légères, des riens spirituels, des modes du jour. Mais on doit ajouter qu’à travers les mille productions qu’un public enthousiaste a entendues, beaucoup de belles pages d’inspirations élevées ont été remarquées par les amateurs de musique, bien que pour la foule elles soient demeurées inaperçues.

    Jacques Offenbach est né à Cologne le 20 juillet 1821. Son père, maître de chapelle fort distingué, s’occupa avec une grande persévérance de son éducation musicale ; aussi, dès l’âge de cinq ans, parlait-on de l’enfant comme d’un Paganini en herbe. Il jouait du violon & du piano avec une vigueur au-dessus de son âge, & sauf l’étude de la basse, qui semblait de nature à gêner le développement physique de l’enfant, son père lui fit tout apprendre. Mais Jacques avait l’amour du fruit défendu. Ayant découvert dans une chambre inhabitée une basse qui ne servait plus à son père, il s’y exerça en secret & finit par en jouer passablement, après six semaines d’un travail mystérieux. Il faut dire, pour expliquer cette innocente cachotterie, que le maître de chapelle donnait des leçons hors de chez lui, & que la vieille domestique était la confidente du jeune virtuose.

    Un jour que Jacques & son père s’étaient rendus à une séance musicale où ils devaient tous deux se faire entendre, l’artiste chargé de la partie de basse fit défaut. On devait exécuter un quatuor d’Haydn. L’enfant examina la musique pendant quelques instants & tout à coup s’écria : « Donnez-moi une basse, je remplacerai le manquant. » Les auditeurs riaient, le père haussait les épaules, déclarant que son fils n’avait jamais touché à cet instrument. Mais l’assurance de Jacques était si grotesque, qu’on résolut de le confondre, & le quatuor commença. L’enfant s’empare de l’archet & joue les premières mesures avec une vigueur & une netteté remarquables ; on achève le morceau sans qu’il ’se trompe d’une seule note. Le public criait d’enthousiasme. Le père, les larmes aux yeux, serra son fils sur son cœur en lui disant avec une émotion indicible : « Mon Jacques, tu seras un grand artiste ! » En effet, Offenbach devint un des premiers violoncellistes de l’Europe.

    A treize ans, Jacques fut envoyé en France & recommandé à Cherubini, directeur du Conservatoire de Paris. Mais à cette époque, les élèves étrangers n’étaient pas admis à notre première école lyrique. Néanmoins, Cherubini voulut l’entendre. Jacques déchiffre sous ses yeux avec une rare perfection un morceau très-difficile, & le directeur enchanté court chez le ministre, duquel il obtient l’autorisation de recevoir le petit prodige.

    Une place de violoncelliste ayant été mise au concours quelque temps après, Jacques l’emporte sur ses concurrents, & le voici installé à l’OpéraComique à côté de Seligmann ; mais le démon de la composition tourmentait l’artiste ; il quitte le théâtre & se met à écrire les valses & les polkas dont retentit longtemps l’orchestre dirigé par Jullien. — En 1839, Dormeuil père lui commande la musique d’un vaudeville, intitulé Pascal et Chambord.

    Il sème dans cette pièce plusieurs morceaux de musique bouffe que remarquent les musiciens éminents. Offenbach met ensuite en musique les fables de La Fontaine, qui égaient les carrefours & les salons de Paris. Décidement Offenbach est à la mode.

    Circonspect, calme de sa nature & fort en défiance contre le succès d’engouement, l’artiste pose très-carrément sa réputation de violoncelliste, en donnant une série de concerts. Tous les parisiens se hâtent d’y accourir. Peu à peu il glisse sur l’affiche un morceau de lui, une romance, un grand air ; sa vogue augmente sensiblement, & bientôt il signe tout le programme. Roger, madame Ugalde, mademoiselle Miolan, tiennent à honneur de faire valoir ses compositions. Offenbach est vraiment un grand artiste.

    Selon notre appréciation, cette époque fut la plus belle phase de sa vie.

    Appelé dans toutes les capitales de la Confédération germanique, le jeune maître y recueillit autant de florins que de bravos.

    Après deux années de pérégrinations glorieuses, il revint à Paris & composa de prime-saut l’opéra bouffe de la Chanson de Fortunio, une de ses meilleures partitions sans contredit.

    Malgré le mérite incontestable d’Offenbach comme musicien, il composa plusieurs ouvrages qui furent refusés aux théâtres de premier ordre. Etait-ce raison, était-ce injustice ? Nous sommes portés à croire que si le côté bouffe du talent d’Offenbach est véritablement original & correct, le côté sérieux, nécessaire au genre opéra comique, ne lui est pas accessible.

    C’est donc à tort qu’on a accusé les directeurs de théâtres & les confrères d’Offenbach d’une basse & méchante jalousie qui lui en aurait fermé les portes.

    Jacques eut alors l’idée de créer un genre nouveau, un milieu possible entre le vaudeville & l’opéra comique. Il demanda & obtint une direction.

    Telle fut l’origine des Bouffes-Parisiens, dont Offenbach resta directeur pendant sept années entières. Ce fut alors qu’il se livra corps & âme a la création d’un genre que les Italiens tiennent en grand honneur & qui malheureusement est entré d’emblée dans le genre français, la charge chantée. Il faut bien l’avouer, ce genre, dont le succès a dépassé celui des plus belles productions de l’art sérieux, est une des calamités de notre époque.

    Il a habitué le public à écouter avec délices de grossières facéties, qui certes, il y a trente ans, n’eussent pas trouvé d’auditeurs. Ce n’est pas pour ce fait que nous saluons sa célébrité.

    Appliqué à un genre distingué, le talent d’Offenbach eût produit de remarquables compositions. Il possède au plus haut degré la verve, l’originalité, le naturel, ces trois qualités essentielles de toute œuvre qui doit rester. Il a parfois de la grâce, souvent du charme, toujours du brio. Il a compris le goût populaire & il s’y est identifié avec une dextérité merveilleuse. Bref, il pouvait devenir un compositeur hors ligne, & il passera comme passeront les pochades des Variétés & les mauvais livres qui pullulent dans la littérature moderne.

    Ses succès sont des succès de vogue. Le nombre des représentations d’Orphée aux En/ers dépasse celui de plusieurs des opéras de Meyerbeer. C’est le cas de répéter :
    Le Français, né malin, créra le vaudeville. La Nuit blanche, les Deux Aveugles, le Violoneux, Ba-ta-clan, Tromb-Al-Cazar, le Postillon
    en gage, la Bonne d’enfant, Croque-Fer, le Savetier et le Financier, la Rose de Saint-Flour, les Trois Baisers du Diable, Orphée aux Enfers, Geneviève de Brabant, le Pont des Soupirs, la Chanson de Fortunio, le Roman Comique, Apothicaire et Perruquier, Monsieur et Madame Denis, la Chatte métamorphosée en femme, Un Mari à la porte, la Demoiselle en loterie, etc.

    Tel est l’énorme bagage d’Offenbach. Si la qualité fait défaut, il faut au moins convenir que la quantité ne manque pas. Tout cela fut représenté de 1855 à 1862.

    Dans l’intervalle , l’Opéra-Comique demande une pièce au fécond compositeur. Malheureusement Offenbach, ébloui par les succès du théâtre Choiseul, s’avise de transporter à Feydeau sa manière bouffonne. On lui reproche cette excentricité, on crie au scandale, &, malgré d’incontestables qualités, Barkouf n’a que quelques représentations.

    Jacques prit sa revanche au grand Opéra, où le charmant ballet du Papillon fut très-goûté.

    Revenant aux Bouffes-Parisiens, après ces deux excursions, il y donna la gentille opérette des Bavards ; puis, fatigué des embarras administratifs, il remit le sceptre directorial aux mains de monsieur Varney, à condition de rester le compositeur en titre de la scène.

    Il continua la série de ses succès par Lischen et Frischen, Jeanne qui pleure et Jeanne qui rit, Messieurs Dunanan père et fils, les Géorgiennes, Monsieur Choufleuri. Dans cette dernière pièce, Offenbach eut monsieur de Morny pour collaborateur.

    Brouillé momentanément avec la salle Choiseul, vers la fin de 1864, il se dirigea, suivi de la chance & de la fortune, vers le théâtre des Variétés, où la Belle Hélène & la Barbe-Bleue firent déborder le pactole.

    Les Bouffes-Parisiens s’amendent, & Offenbach leur offre la partition des Bergers. — Le Palais-Royal eut la Vie Parisienne, les Variétés la Grande-Duchesse, autre succès immense que 3oo représentations n’épuisèrent pas. Enfin, il écrit un véritable opéra comique : Robinson, dont nous avons donné le compte rendu avec éloge & critique dans l’une de nos Revues musicales.

    Ofiènbach n’a pas encore dit son dernier mot. Il est dans la force de l’âge, intrépide au travail & plein d’avenir. Cette sève inépuisable qui est en lui, cette gaieté toujours renaissante qui est, sans contredit, le caractère de son talent, ne peuvent se condamner au sommeil.

    Reconnaissons-le, chez lui l’inspiration folâtre n’exclut pas la sensibilité, ce qui faisait dire avec justesse à un esprit éminent : La musique d’Offenbach a l’esprit français, mais elle garde le cœur allemand.

    Marie LASSAVEUR.


    Article publié par : Jean-Marc
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